Coupe Intertoto : l’histoire d’une compétition d’été qui a fait briller la France en Europe
La Coupe Intertoto, c’est cette vieille connaissance du football estival qu’on évoque encore avec un petit sourire chez les supporters de clubs moyens ou de province. Disparue en 2008, elle a pourtant donné à toute une génération de formations françaises l’occasion de vivre un vrai été européen. Entre 1995 et 2008, la France y a décroché 12 victoires avec 12 clubs différents. Pas mal pour une compétition qu’on voyait souvent comme un lot de consolation.
C’était quoi au juste cette Coupe Intertoto ?

Au départ, rien à voir avec un grand trophée ou du prestige. Lancée en 1967 (après une version antérieure dès 1961 sous le nom d’International Football Cup), elle servait surtout à remplir les grilles des paris sportifs pendant la trêve. « Toto », tu vois ? Le logo lui-même ressemblait à une feuille de lotofoot. L’UEFA la tolérait mais n’y mettait pas les pieds. Pas de phase finale, juste des poules, et autant de « vainqueurs » que de groupes.
En 1995, l’instance européenne reprend les rênes. Tout change. Les équipes qui vont au bout obtiennent un ticket pour les tours préliminaires de la Coupe UEFA (l’ancêtre de la Ligue Europa). D’abord deux, puis trois qualifiés par édition. Le format passe par des poules puis des matchs à élimination directe. En 1998, fini les groupes : du pur knockout sur plusieurs tours. Plus tard, entre 2006 et 2008, onze équipes se qualifiaient et un « grand vainqueur » était désigné selon le parcours en Coupe UEFA.
Le truc, c’est que ça restait une compétition de l’ombre. Pas de vrai trophée majestueux, parfois juste un plateau. Mais pour des clubs qui finissaient 5e, 6e ou 7e en Ligue 1, c’était l’occasion ou jamais de goûter à l’Europe sans attendre des années.
La France, grande gagnante de l’Intertoto
Honnêtement, sur la période UEFA, personne n’a fait mieux que nous. Douze titres pour la France, devant l’Allemagne (8) et l’Espagne (5). Et le plus beau ? Douze clubs différents y sont passés : Bordeaux et Strasbourg en 1995, Guingamp en 1996, Auxerre, Lyon et Bastia en 1997, Montpellier en 1999, PSG et Troyes en 2001, Lille en 2004, Lens et Marseille en 2005. Sans oublier d’autres participations qui comptent dans le bilan global.
Ce qui frappait, c’était la diversité. Des cadors comme l’OM ou Lyon côtoyaient des plus petits comme Troyes ou Guingamp. Et tous prenaient ça au sérieux. Parce que derrière, il y avait une vraie qualif’ européenne à aller chercher.
Des matchs et des parcours qui restent dans la tête

Certaines épopées méritent qu’on s’y arrête. En 1995, Strasbourg élimine Metz en demi-finale dans un derby du Grand Est électrique (2-0 après expulsion). Les Alsaciens iront jusqu’au bout, tout comme Bordeaux qui signe un parcours dingue à travers l’Europe.
En 1997, Lyon et Montpellier se retrouvent en finale. L’aller à la Mosson est plié sur un but contre son camp, le retour à Gerland vire au festival avec un OL qui force le destin dans les dernières minutes. La même année, Bastia et Auxerre complètent le trio français.
L’année 1999 reste folle pour Rennes. Les Rouge et Noir, entraînés par Paul Le Guen, atteignent la finale contre la Juventus de Zidane, Del Piero et compagnie. Défaite 0-2 à l’aller, puis 2-2 au retour à la route de Lorient (stade en travaux, 11 000 spectateurs). Pas le titre, mais une soirée dont on parle encore à Rennes.
Et puis il y a Troyes en 2001. Après avoir sorti Tbilissi, l’AIK et Wolfsburg, les Aubois affrontent Newcastle. Match aller nul 0-0, retour 4-4 à St James’ Park avec un doublé de Boutal. La règle du but à l’extérieur offre le ticket à l’ESTAC. Une des plus belles pages de l’histoire du club.
L’apothéose reste peut-être l’OM de 2005. Après avoir éliminé Young Boys puis la Lazio, les Marseillais retrouvent le Deportivo La Corogne (demi-finaliste de Ligue des champions deux ans plus tôt). Aller perdu 0-2, retour au Vélodrome : Ribéry marque puis se fait expulser, mais l’équipe renverse tout (5-1). Niang, Meïté, Oruma… et Robert Louis-Dreyfus qui danse sur la pelouse. Du grand soir.
Le palmarès année par année (période UEFA)
1995 : Bordeaux et Strasbourg.
1996 : Guingamp, Karlsruher SC et Silkeborg.
1997 : Auxerre, Lyon et Bastia.
1998 : Bologna, Werder Bremen et Valencia.
1999 : Juventus, Montpellier et West Ham.
2000 : Celta Vigo, Udinese et Stuttgart.
2001 : Aston Villa, PSG et Troyes.
2002 : Fulham, Malaga et Stuttgart.
2003 : Perugia, Schalke 04 et Villarreal.
2004 : Schalke 04, Lille et Villarreal.
2005 : Lens, Hambourg et Marseille.
Ensuite, le format change : onze qualifiés pour la Coupe UEFA, et un grand vainqueur selon le parcours européen (Newcastle en 2006, Hambourg en 2007, Braga en 2008). Des clubs français comme Auxerre, Lens, Marseille ou Rennes continuent d’y briller sans toujours figurer parmi les « vainqueurs officiels » comptabilisés dans les bilans classiques.
Pourquoi la Coupe Intertoto a disparu en 2008

L’UEFA a supprimé la compétition après l’édition 2008, en même temps qu’elle transformait la Coupe UEFA en Ligue Europa. Officiellement, manque de prestige, clubs qui ne la prenaient pas toujours au sérieux, et volonté de simplifier le calendrier. En coulisses, on sentait aussi que les grands clubs la snobaient un peu et que les matchs amicaux d’été, même fades, suffisaient.
Le point, c’est que ça a quand même laissé un vide. Aujourd’hui, les équipes qui ratent la Ligue des champions ou la Ligue Europa passent l’été à jouer des amicaux insipides à l’autre bout du monde, souvent à des heures impossibles. L’Intertoto, au moins, c’était du vrai, avec des enjeux, des voyages improbables et des histoires qui se racontent encore vingt ans après.
Un héritage qui mérite qu’on s’en souvienne
Franchement, on la regrette un peu, cette Coupe Intertoto. Elle n’avait rien de parfait : format changeant, prestige limité, parfois vue comme une « petite » compétition. Mais elle a offert à des clubs français l’occasion de vivre des étés européens dont ils n’auraient jamais rêvé autrement. Des Troyes, des Guingamp, des Bastia ont touché du doigt quelque chose de grand.
Et pour un ancien compétiteur, c’est ça le plus important : des portes ouvertes, des parcours improbables, des soirs de Vélodrome ou de Gerland qui restent gravés. Aujourd’hui, avec les réformes constantes de l’UEFA, on se demande parfois si un peu de cette folie estivale ne manquerait pas. En tout cas, pour qui a vécu ces éditions, la Coupe Intertoto reste bien plus qu’un simple nom dans les archives. C’était du foot vivant, brut, et souvent magnifique.